Naissance de l'écriture musicale

 

Günter et Fabian Müllers

 

 

 

Dans l’antiquité, les anciens grecs possédaient déjà un système de notation, hérité en partie de l’Egypte et du Proche-Orient : la « catapycnose ». Cela consiste en une division théorique (mais non pratique) du tétracorde en 10 diésis égaux, soit 2 diésis par ½ ton, ou 24 par octave. On imagine facilement que ce système, quoique assez précis, ne devait pas être d’un emploi facile. La transition de système de notation grec, à notre système de notation actuel ne fut pas aisé.
Boèce, ou Boetius (480-526) philosophe, mathématicien et homme d’état écrit un traité de musique en 5 livres
« De institutione musica », principal trait d’union entre la tradition pythagorienne et le moyen-âge.
Au VI° siècle, Isidore de Séville affirme que l’on ne pouvait pas écrire la musique. Mais Grégoire le Grand, élu pape en 590, réforme les chants de la liturgie durablement et impose au chant de l’église un caractère d’universalité, basé sur la transmission orale.
Charlemagne, élu empereur en 800, suscita une riche floraison de mélodies nouvelles. On avisa d’aider la mémoire des chanteurs en plaçant au dessus des syllabes du texte des signes suggérant l’allure de la mélodie ; ils seront appelés neumes :
- accent aigu : élévation de la voix
- accent grave : abaissement de la voix
- accent circonflexe : double inflexion
Les deux signes fondamentaux de la notation neumatique sont :
- la virga : un son plus aigu que le précédent
- le punctum : un son plus grave que le précédent.
Groupés par deux ou trois, ces signes servent à former tous les autres.

 

Ci-dessus, notation du X° siècle

 

C’est sous l’impulsion de Guido d’Arezzo, bénédictin et théoricien musical italien (990-1033 ?), que l’on va tracer 4 lignes, de sorte que chaque ligne et chaque interligne définissent un son précis. Les lettres placées en début de ligne donnent la tonalité de celle-ci, et c’est la déformation de ces lettres qui donnera naissance aux clés. De la même époque date l’idée d’utiliser des lettres pour désigner certains sons (selon le principe hérité des grecs et de Boèce, mais de manière très simplifiée) : A B C D E F G
la si do ré mi fa sol
Lettres en majuscules, s’il s’agit d’intervalles majeurs, et en minuscules, s’il s’agit d’intervalles mineurs.

Depuis le XII° siècle, la conscience des relations tonales se développe et se confirme dans la musica ficta. Pour résoudre des problèmes de justesse et pour modifier le caractère de certains intervalles, des règles assez variables prescrivent des altérations. Au début du XIV° siècle, il est clairement établi que certaines raisons peuvent obliger un chanteur à hausser ou baisser certaines notes d’un ½ ton.

 

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Des systèmes de neumes distincts se sont développés dans plusieurs régions à différentes époques. Mais à partir de la fin du XII° siècle, l’emploi de la plume d’oie à bec large a unifié le graphisme en le simplifiant et en faisant prendre aux neumes l’aspect caractéristique de la « notation carrée » : les points deviennent des carrés ou des losanges, les ligatures (groupes de notes tracés sans lever la plume) deviennent des traits pleins. Ce graphisme (du à la taille de la plume d’oie) se retrouvera dans la plupart des manuscrits jusqu’au XIV° siècle. Il sera conservé jusqu'à nos jours pour la notation du plain-chant. Ce n’est pas à proprement parler un système distinct de notation, mais une écriture neumatique avec une graphie différente. L’interprétation des neumes a été maintes fois controversée, et elle reste hypothétique dans de nombreux cas.

 

 

Les bénédictins ont adopté le principe de l’égalité des groupes de deux ou trois sons, dans les neumes composés. C’est la « musica plana » (plain-chant). Seul l’accent verbal et la forme mélodique imposent l’allongement ou l’accentuation de certaines notes :
- Les barres de mesure servent uniquement à mettre les phrases en valeur
- Les accents toniques suivent les accents rythmiques du texte, analogues aux « pieds » de la métrique classique latine.

 

   
Dès le XIII° siècle on distingue la nouvelle « musica mensurabilis », qui alterne des temps longs et des temps brefs de la « musica plana ». Johannes de Garlandia en donne une théorie détaillée dans son De musica mensurabili pasotio (début XIII°). Pour plus de précision, on attribue aux différentes ligatures (figure de plusieurs notes sur la même syllabe) des valeurs rythmiques définies en longues et en brèves.

Vers 1325 dans son traité Ars nova musicae, Philippe de Vitry rajoute une valeur nouvelle : la minime et rétablit le rythme binaire. Les éléments essentiels de notre notation moderne s’y trouvent déjà. Le rythme ternaire (par 3) est nommé « perfectus » et le rythme binaire (par 2) est nommé « imperfectus ». Les 4 combinaisons possibles d’un « temps » forment les quatre principaux types de « mesures ». Au XV° siècle, on adopte une cinquième ligne, puis le punctum additionis (même fonction que notre point, ex. : noire pointée) et les sous-multiples de la minime. On indique également des passages du ternaire au binaire par une note rouge.
Il faut attendre le XV° siècle pour que soit généralisé l’emploi de notes blanches et noires qui, simplifiées par les premiers imprimeurs puis arron-dies à la fin du XVI° siècle par les graveurs, donnent naissance au syst ème de notation actuel.

Quand à l’accompagnement instrumental harmonique (par accords), celui-ci entraînera le développement des tablatures (notation de la position des doigts sur le luth).

 

Au début du XIII° siècle,
de nouvelles figures de notes apparaissent.


Des signes spéciaux en indiquent la nature
au début de la portée.

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Bibliographie :

- Sons et Instruments au Moyen Age, de Catherine Homo-Lechner, édition Errance 96

- Histoire de la musique au Moyen Age, de Bernard Gagnepain, édition Seuil 96, collection Solfège

- Chants et Instruments, de Claude Riot, édition Rempart 95

- Dictionnaire de la Musique

- Polyphonies du XIII° siècle, de Y. Rokseth, Paris réed. 83

 

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